Transport, RATP, CDG EXPRESS

Le CDG Express est un projet utile et nécessaire

Catherine Guillouard, PDG de la RATP, défend le projet de liaison directe entre Roissy-Charles-de-Gaulle et Paris. Sans détour, elle justifie les retards de construction et de prolongement des lignes de métro. Et rappelle que son groupe, international, intègre aussi transport à la demande, câble, bateau électrique, véhicule autonome... . 

Qu’est-ce que la RATP aujourd’hui ?

Nous sommes un groupe mondial, multimodal et multi-expert de 61 000 personnes, dont 17 000 dans les filiales, avec 213 métiers. Nous sommes présents sur quatre continents dans quatorze pays. Nous exploitons des tramways à Casablanca, Hongkong et Washington, des lignes de métro à Alger, Doha, Mumbai et bientôt Riyad. Le groupe RATP est le numéro un mondial du métro automatique et s’est notamment distingué par sa capacité à automatiser une ligne de métro tout en maintenant le service, comme sur la ligne 1 et maintenant la ligne 4, à Paris.

La RATP, ce n’est pas seulement le métro...

Non, ce sont douze modes de transport ! Huit en propre : métro, tram, RER, bus, transport à la demande, câble, bateau électrique [à Lorient], véhicule autonome. Et quatre autres en partenariat avec des start-up : Cityscoot pour la location de scooters, Klaxit pour le

covoiturage, Communauto pour l’autopartage et Cityzen Mobility pour le transport à la demande. Nous produisons 4,8 milliards de voyages par an et transportons 16 millions de voyageurs par jour, dont 12 millions en Ile-de-France. Nous sommes aussi des experts en gestion des infrastructures, avec demain celle du métro automatique du Grand Paris Express. La RATP concrétise également la ville durable avec des projets originaux qui intègrent dépôt de bus, immobilier et services.

La RATP reste assimilée aux difficultés de transport au quotidien des Franciliens, notamment sur certaines lignes de RER comme la B...

Le RER B, c’est 900 000 voyages par jour. Les infrastructures sont en bon état sur la partie sud que nous exploitons. Au nord, il y a un programme de régénération des infrastructures extrêmement lourd. Le RER B est une priorité pour la Région, la RATP et la SNCF. À la RATP, nous investissons 1,7 milliard d’euros avec Ile-de-France Mobilités (IDFM). Objectifs : changer le matériel roulant, mettre des trains à deux étages et moderniser les systèmes d’exploitation. Nous avons eu des incidents sur la B, mais nous travaillons pour améliorer nos performances et les résultats sont là, à + 3,7 % de régularité pour le RER A (1,2 million de voyages par jour) et + 0,7 pour le RER B depuis 2017. Ces deux RER sont uniques en Europe, avec des fréquences très rapprochées. La ligne 14 du métro prolongée transportera à terme 1 million de voyageurs par jour sur 27 kilomètres. Et je challenge mes équipes tous les jours pour améliorer notre gestion des incidents.

RATP Dev et KEOLIS se sont vu attribuer l’exploitation du futur Charles-de-Gaulle Express (CDG Express), qui doit relier l’aéroport de Roissy à la gare de l’Est, à Paris. Le projet sera-t-il opérationnel pour les jeux Olympiques de 2024 ?

La signature du contrat doit avoir lieu fin janvier, selon le calendrier annoncé en novembre par le gouvernement. Le préfet Michel Cadot a été missionné pour mettre tous les acteurs autour de la table et permettre à chacun de faire les efforts nécessaires pour assurer la compatibilité entre les travaux du Charles-de-Gaulle Express et du RER B. Il est d’ores et déjà prévu des mesures compensatoires pour assurer la fluidité du RER B en situation perturbée. Je veux rappeler que le CDG Express est un projet utile et nécessaire, car Paris a besoin d’avoir une ligne acheminant directement une partie des dizaines de millions de touristes depuis ou vers l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle. Nous avons également pensé aux usagers parisiens, qui pourront prendre une fois par an gratuitement ce transport avec leur famille.

Comment expliquer que la RATP annonce à chaque fois des dates de mise en service qu’elle ne peut pas tenir ?

Le premier élément de démocratie est de dire la vérité. Je crois essentiel de la dire sur les plannings, en particulier quand se présentent des difficultés importantes. Nous avions programmé l’extension nord de la ligne 14 pour 2019, mais quand je suis arrivée, le chantier était arrêté depuis un an suite à l’inondation d’un ouvrage à Clichy. Maintenant, le calendrier est établi pour l’été 2020 et tous les acteurs industriels sont bien alignés pour respecter cette date. Mais je reste prudente car il s’agit de chantiers lourds et difficiles. En ce moment, par exemple, nous creusons juste sous le RER C, à un endroit où l’on ne peut passer avec un tunnelier du fait des fondations de la gare SNCF. Nous aurons passé cette étape délicate l’été prochain.

Et la ligne 12 ?

C’est aussi un chantier d’une extrême technicité. La congélation ne prenait pas sur une zone particulière et cela a engendré l’arrêt du chantier pendant une année. Il a fallu changer complètement de méthode. Nous avons réussi avec Vinci, le leader du consortium chargé du chantier, une première mondiale en convertissant le système de congélation à la saumure en un système de congélation mixte « saumure-azote » en faisant circuler, à 40 mètres de profondeur, dans 1,2 kilomètre de tuyaux, de l’azote à - 196 °C pour refroidir le sol et provoquer un choc thermique. Tout cela a nécessité de changer la façon de travailler, de former les équipes. C’est la vie des travaux souterrains, qui sont nombreux en ce moment à Paris.

Combien la RATP investira-t-elle en 2019 ?

Notre modèle économique est fondé sur l’investissement. L’an passé, nous avons injecté, avec IDFM, 1,63 milliard d’euros pour un chiffre d’affaires de 5,48 milliards, soit 30 % ! Tout l’autofinancement repart dans les investissements. Cela permet de maîtriser notre endettement. Nous avons fini l’année 2018 avec une dette de près de 5,2 milliards, soit un ratio dette-net de 1,1, ce qui est correct pour une entreprise gérant autant d’infrastructures. En 2019, nous investirons 1,9 milliard, soit 300 millions de plus, pour répondre à l’accélération des projets.

Quelle sera la RATP de demain ?

Un groupe mondial au service des villes intelligentes et durables. Cela suppose d’être forts sur nos fondamentaux, mais aussi centrés sur le client. C’est pourquoi nous avons un plan extrêmement ambitieux en Ile-de-France sur ce sujet pour monter en gamme notre expérience client.

En quoi consiste cette montée en gamme ?

Cela passe aussi bien par la création de nouveaux services que par la dématérialisation de la billettique ou par une amélioration de nos outils digitaux. Le contact en station est aussi primordial. Nous souhaitons que nos personnels aillent davantage au contact des voyageurs. Nous testons par exemple un port de casque sur les quais pour parler avec les usagers.

Quels sont les réseaux dans le monde qui vous servent d’exemple ?

Les réseaux asiatiques en général sont intéressants par l’ambiance qu’ils créent quand vous entrez dans le métro. Je suis très sensible à l’éclairage et aux sols clairs, qui sont des marqueurs importants des nouveaux métros dans le monde. Nous allons dans cette direction.

L’intelligence artificielle (IA) va-t-elle vous permettre de franchir un pas dans la régularité ?

L’IA offre en effet beaucoup de perspectives, notamment pour la maintenance prédictive. Sur le RER A par exemple on a développé un outil, Serval, pour analyser la data et prévenir les dysfonctionnements sur les portes qui sont à la source de beaucoup des incidents Du coup, on a les a déjà diminué de 40 % !  Autre exemple : quand  on a tout reconstruit à Gif-sur-Yvette (Yvelines), après le glissement de terrain sur la ligne B du RER en juin dernier, j’ai demandé que l’on expérimente des capteurs sur les talus de façon à prévenir ce qui était jusqu’ici imprévisible...Nous travaillons à intégrer les nouvelles technologies de façon globale pour améliorer la gestion du réseau au quotidien, les infrastructures ou le service au client.

Aujourd’hui, n’y-t-il pas trop de chantiers  en même temps ? N’êtes-vous pas confrontés à une pénurie de compétences ?

Nous arrivons dans une phase inédite depuis les années 30-40. On va construire, avec les entreprises sous-traitantes concernées, 30 km d’extensions de métro, le tout en tunnel. Et c’est sans compter le Grand Paris Express avec ses 200 km de lignes de métro. Tous ces chantiers supposent la réunion de beaucoup d’expertises. Il y a donc des métiers vraiment en tension, notamment ceux en lien avec les travaux sous terrain. La gestion prévisionnelle de ces compétences est donc une priorité pour tous les acteurs.

Comment la RATP peut-elle attirer les jeunes générations ?

La RATP dispose d’une très forte notoriété et notre expertise sur la ville intelligente et la mobilité durable intéressent les jeunes générations. L’environnement de travail est également primordial pour attirer les jeunes talents du numérique. C’est pourquoi nous le modernisons afin que les jeunes startupers y trouvent toute leur place. Nous avons aussi mis en place des programmes dédiés pour les startups et les hauts potentiels du Groupe.

Quelles sont vos priorités digitales ?

Nous développons des projets et des nouveaux services en allant chercher les data dans les systèmes d’exploitation qui sont souvent anciens. C’est un facteur de complexité. Un exemple d’application que nous avons développé récemment avec Urbanopolis, notre lab amiral : l’appli Sam. Il s’agit d’une application pour alerter les  piétons distraits, notamment par le port de casque et d'écouteurs, de l'arrivée d'un tram ou d'un bus, afin d’éviter les accidents. Cela peut sauver des vies.

Qu’attendez-vous du projet de loi sur les mobilités présenté en Conseil des ministres, il y a quelques semaines ?

Il est vital pour la RATP. Il y a des dispositions qui cadrent notre entrée en concurrence pour les bus [le 31 décembre 2024] avec, notamment, la création d’un cadre social territorialisé dans Paris et la Petite couronne pour nos conducteurs de bus. Il vise à éviter va le dumping social mais aussi à assurer la continuité et la qualité de service. Le projet prévoit, en cas de perte de marché par la RATP, le transfert automatique des personnels vers le nouvel exploitant assorti de la portabilité d’un certain nombre de droits. Ces mesures sécurisent donc l’exploitation comme le personnel concerné.

 

 

 

 

source : https://www.usinenouvelle.com/article/le-cdg-express-est-un-projet-utile-et-necessaire-assume-catherine-guillouard-pdg-de-la-ratp.N795555