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JD.com, le nouveau géant chinois du e-commerce, ouvre un bureau en France

Florent Courau, directeur général France de JD.com, explique la stratégie du site, qui compte acheter pour «deux milliards d’euros de produits français» à revendre en Chine. Travaillant en Chine depuis de nombreuses années pour de grands groupes français, Florent Courau a été recruté en janvier dernier par JD.com pour développer l'activité française et européenne de ce géant du e-commerce chinois.

La feuille de route de ce quadra est claire : acheter à tour de bras des produits français, notamment alimentaires, pour fournir les millions de consommateurs chinois qui en raffolent.

 

JD.COM EN QUELQUES CHIFFRES

  • 51 Mds$, soit environ 48,63 Mds€. C’est le chiffre d’affaires généré par les ventes du site en 2017. Un chiffre multiplié par cinq en cinq ans. Il devrait être encore une fois en forte hausse en 2018, car, sur les neuf premiers mois de l’année, il progressait déjà de 30 %.
  • 305,2 millions de clients viennent régulièrement acheter sur ce site Internet. C’est dix fois plus qu’en 2012. Chaque consommateur réalise en moyenne une trentaine d’achats par an.
  • 181e plus grande entreprise du monde (en termes de chiffre d’affaires), selon le classement 2018 de Fortune 500. À titre de comparaison, le géant de la chimie Bayer ne se classe « que » 193e. JD.com a gagné 80 places dans ce classement en un an.
  • 28e plus grand distributeur au monde en 2016, selon le cabinet Deloitte, talonnant Casino, Leclerc et Ikea.

 

Qui sont vos clients ?

FLORENT COURAU. Nous avons plus de 300 millions de clients actifs, soit l’équivalent du nombre d’adultes en Europe ! Nos clients font partie de la classe moyenne chinoise, sont plutôt urbains et ont les moyens de consommer. En Chine, on ne sort pas pour acheter des choses, on va sur JD.com pour acheter aussi bien des produits de beauté que des fleurs coupées ou des produits frais comme des écrevisses ou des huîtres. Nous vendons chaque année 40 millions de bouteilles de vin, dont un tiers provient de France.

Vous venez d’ouvrir un bureau à Paris. Quelles sont vos ambitions en France ?

La France achète pour 49 Mds€ de produits chinois chaque année, mais elle n’exporte vers la Chine que 19 Mds€. Nous voulons renverser ces flux. La France a une très belle image en Chine. Les consommateurs qui, désormais, ont les moyens, sont très désireux de découvrir de nouveaux produits étrangers, notamment français. Nous voulons acheter pour 2 Mds€ de produits français d’ici à 2020.

Quel type de produits cherchez-vous ?

Nous recherchons les productions françaises reconnues dans des secteurs comme le luxe, les vins, l’agroalimentaire… Nous avons commencé par exemple à acheter des conteneurs de pommes en France. On passe par des grossistes qui sélectionnent pour nous plusieurs productions pour obtenir les quantités qui nous conviennent : on parle de centaines de tonnes de fruits.

Vous ne venez pas ici pour vendre des produits ?

Nous voulons d’abord accompagner les entreprises. Nous avons des solutions technologiques à proposer aux distributeurs européens, pour optimiser leurs entrepôts par exemple.

Et lancer un site de e-commerce pour vendre directement aux consommateurs français ?

La distribution est déjà très encombrée en France. Il n’est pas question de proposer une offre moins chère que d’autres sites comme Amazon, en important de Chine des produits dont on bâclerait la conformité aux normes européennes. Nous préférons prendre le temps de maturer une offre de qualité pour la France, digne d’un pays aussi exigeant.

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JD.com, le nouveau géant chinois du e-commerce qui concurrence Amazon

Inconnu en Europe, JD.com talonne aujourd’hui des géants comme Amazon ou Alibaba. Il vient d’ouvrir un bureau à Paris, pour alimenter le site en produits français, très appréciés des clients chinois.

Quatre petites pattes, un minuscule cou cerclé d’un collier rouge et une gigantesque tête traversée par un sourire coquin… Si ce petit chien blanc n’évoque rien aux Européens, on ne le présente plus en Chine : la mascotte du deuxième plus gros site de commerce en ligne est une star en Asie. Plus de 300 millions de Chinois consultent régulièrement le site Internet de « Jingdong Mall » (aussi appelé JD.com) pour y dénicher un nombre incalculable d’objets, allant des canapés au maquillage en passant par les appareils photos, les articles de sport, les fruits frais ou même les crustacés ! En fournissant tout, très vite - dans 80 % des cas en moins de 24 heures -, cet Amazon chinois bouscule le monde de la grande distribution : + 24 % de croissance du chiffre d’affaires au dernier trimestre et une entrée fracassante dans le top 50 des distributeurs mondiaux.

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L’entrée du siège de JD.com à Pékin (Chine) et le fameux chien blanc logo du site./LP./B.C.

Un empire est en train de naître. Pourtant, en 1998, lorsque Liu Qiangdong (alias Richard Liu), un ingénieur, ouvre un commerce - physique - de produits électroniques, rien ne laissait penser qu’il deviendrait un jour un géant de la distribution coté au Nasdaq. « Pour preuve, le fondateur n’a pas du tout pensé son nom de société pour l’international. Il a mis bout à bout des syllabes de son nom et de celui de sa petite amie de l’époque et ça a donné « Jingdong ». C’est imprononçable pour les étrangers ! » raconte un salarié de cette société.
 
« Il a alors fermé toutes ses boutiques pour se recentrer sur le web », se remémore un expert. Un choix gagnant dans une Chine qui voit émerger une classe moyenne aux poches bien pleines. « Les Occidentaux ne s’en rendent pas forcément compte mais entre 300 et 400 millions de Chinois gagnent désormais au moins 15 000 € par an. Certains même beaucoup plus », signale un spécialiste de la distribution basé en Chine. Pour attirer ces nouveaux consommateurs, Liu Qiangdong mise tout sur un slogan simple : « Zéro tolérance pour la contrefaçon ».
 
500 entrepôts en Chine
 
Une antienne en forme de pic pour son grand rival, le numéro un du commerce chinois, Alibaba (700 millions de clients). Ce dernier est essentiellement une place de marché, c’est-à-dire un site mettant en relation directe des consommateurs et des vendeurs. À l’inverse, pour s’assurer de la traçabilité de ses biens, JD se comporte comme un véritable distributeur : il achète les produits avant de les revendre. D’où d’énormes besoins de stockage : le groupe détient plus de 500 entrepôts en Chine.
 
« Les Chinois n’ont pas confiance dans les biens produits dans leur pays. Ils savent que de nombreux scandales sanitaires sont étouffés », détaille un bon connaisseur de JD, ayant longuement habité dans le pays. « Les produits proposés par la plateforme sont parfois plus chers, mais ils sont surtout authentiques, donc plus sûrs, donc souvent importés ! » résume un expert de la grande distribution.
 
Le groupe exploite d’ailleurs cette peur du scandale sanitaire en misant de plus en plus sur le commerce alimentaire. Il vient, comme son grand rival Alibaba, de lancer une chaîne de magasins physiques alimentaires, dénommée « 7fresh ». Tout y est pensé pour les produits frais : poissons, légumes, fruits… Les clients viennent les chercher directement en magasin ou se font livrer en moins de 30 minutes chez eux. Le concept cartonne mais oblige à trouver toujours plus de fournisseurs étrangers. C’est en partie pourquoi le géant chinois vient d’ouvrir un bureau à Paris.
 
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La chaîne « 7fresh » est spécialisée dans les produits frais, le plus souvent importés./LP/B.C.

Un concept qui repose aussi, grandement, sur un objet : le téléphone portable. Pour capter l’attention de ce public rivé sur son smartphone, JD s’est marié avec Tencent. Ce mastodonte chinois des nouvelles technologies est le propriétaire de WeChat, un réseau social comptant plus d’un milliard d’utilisateurs. Les Chinois l’utilisent pour tout. Et, notamment, pour payer. « Le social shopping, c’est-à-dire le fait d’acheter directement des produits depuis les réseaux sociaux, c’est le Graal pour les distributeurs. Et personne dans le monde n’a poussé aussi loin cette logique que JD et Tencent », explique David de Matteis, spécialiste de la grande distribution, associé du cabinet de conseil OC & C.
 
Supermarchés automatisés
 
Cette nouvelle manière de faire ses courses permet aux deux géants d’accumuler des quantités phénoménales de données personnelles sur les clients. Mixées par des ordinateurs dopés à l’intelligence artificielle, ces informations valent de l’or. Elles permettent de développer toute une série de nouvelles technologies. Des exemples ? Il suffit de franchir la porte du siège pékinois de « Jingdong » pour en trouver : enceintes connectées, drones de livraison, utilisation de la reconnaissance faciale des clients pour savoir ce qui a attiré leur œil dans les magasins ou même un supermarché totalement automatisé…
 
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Dans ses magasins physiques, JD.com utilise la reconnaissance faciale pour mieux cibler les clients./LP/B.C.

Comme Amazon et ses « Amazon go », JD teste en effet des commerces sans caissières, ni caisses. Tout repose sur le téléphone portable. Il suffit aux clients de poser leur smartphone sur le portique situé à l’entrée du magasin. Grâce à une série de caméras au plafond et des capteurs cachés dans les rayonnages, le magasin détecte automatiquement ce que les clients mettent dans leur panier. Une fois leurs courses terminées, pas besoin de sortir le portefeuille. Les clients glissent simplement leur smartphone sur les portiques de sortie et le tour est joué ! Une fois dehors, ils reçoivent un SMS leur confirmant que les achats ont été directement facturés sur leur compte JD.com.
 
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Dans les magasins « 7fresh », pas de caissières et les clients paient avec leurs smartphones./LP/B.C.

 

 

source : http://www.leparisien.fr/economie/jd-com-le-nouveau-geant-chinois-du-e-commerce-ouvre-un-bureau-en-france-20-01-2019-7992510.php.