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Huawei : «On a vendu 4 millions de téléphones en France en 2018»

Alors que la marque est accusée d’espionnage dans plusieurs pays via les réseaux de télécommunication qu’elle installe, Minggang Zhang, le directeur général-adjoint de Huawei France, réagit et affiche ses ambitions dans l’Hexagone. Minggang Zhang, directeur général adjoint de Huawei France, réagit aux accusations d'espionnage dont la marque a été la cible et affiche ses ambitions commerciales dans l’Hexagone.

En pleine guerre commerciale sino-américaine, Huawei est soupçonné d’utiliser les réseaux télécom qu’il construit pour espionner au profit de l’Etat chinois. Que répondez-vous ?

Minggang Zhang. Accuser c’est facile. Mais il faut des preuves, qu’on n’a toujours pas. Pas besoin donc de répondre à des accusations non fondées. Je pense que dans cette affaire, les Etats-Unis ne cherchent qu’à préserver leur suprématie sur le monde. Mais si on l’attaque, Huawei se défendra. Cela fait 32 ans que la marque existe, dont 17 en France, et personne n’a jamais contesté la qualité de nos services. S’il y a des problèmes, qu’on sorte les preuves, discutons-en et avançons !

Vous êtes membre du « 3GPP », groupement d’instituts et fédérations internationales de l’industrie des télécoms, qui fixe les normes de téléphonie mobile. Celles qui touchent à la sécurité de la future 5G sont-elles suffisantes ?

Elles ont été arrêtées en juin 2018 et incluent, pour la première fois, un chapitre entier sur la sécurité. Pour nous, ces normes sont bonnes. Cependant, le risque zéro n’existe pas. Et toute la sécurité des données ne reposera pas que sur les réseaux. Elle concerne également leurs stockages, comme le cloud. Par exemple, pour les véhicules connectés, nous collaborons avec la filière automobile qui travaille sur la sécurité des applications utilisées. Bien sûr, nous resterons très vigilants.

Que représente Huawei en France ?

Nous sommes présents dans le pays depuis 2002 sur trois marchés : les opérateurs, le grand public et les entreprises. Notre activité se divise à 50/50 entre les téléphones et le réseau. Nos résultats ici ne cessent de progresser : notre chiffre d’affaires en 2018 devrait s’établir autour d’un milliard d’euros en France et de 110 milliards de dollars dans le monde.

Où se classe la France parmi vos marchés ?

En Europe, elle se place troisième derrière l’Angleterre et l’Allemagne. Mais nous nous y sommes implantés plus tard. Notre premier marché par pays, c’est la Chine. Sinon, c’est l’Europe.

Combien de téléphones vendez-vous chaque année ?

En 2018, nous avons vendu 200 millions de téléphones dans le monde. Nous sommes le deuxième fabricant derrière Samsung. En France, nos 4 millions d’appareils nous placent derrière Samsung et Apple. Le design du Mate 20 (NDLR : dernier modèle lancé par la marque ) a été conçu ici, à Paris.

Est-il, selon vous, facile de travailler en France ?

La France a une image artistique, romantique, mais à mon sens, c’est l’un des pays les plus efficaces du monde. Si on compare le nombre de jours de travail par an et ce qui est produit…

Huawei paie-t-il ses impôts en France ?

Oui, plus de 200 millions d’euros. Mais notre contribution économique ici, c’est aussi deux milliards d’achats en cinq ans : par exemple des composants électroniques chez STMicroelectronics, à Grenoble, ou la supply chain (chaîne logistique) de Bolloré. Par ailleurs, sur la recherche et le développement, nous percevons le CICE (Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi).

Travaillez-vous avec des start-up ?

Nous avons créé, il y a six ans, un programme, « Digital In Pulse », qui récompense chaque année une dizaine d’entre elles. On leur donne une dotation entre 20 000 et 30 000 euros et on ne leur demande rien en échange. On les emmène en Chine une semaine pour qu’elles rencontrent de grands groupes industriels. Par ailleurs, pour la première fois cette année, nous avons réservé 400 m2 au salon VivaTech pour qu’une quinzaine des cinquante start-up que nous accompagnons puisse exposer.

Vous venez de signer une convention avec l’Opéra de Paris. De quoi s’agit-il ?

Nous allons devenir mécènes fondateurs pour les aider à numériser les oeuvres de l’Opéra (enregistrements…), en vue de créer une académie digitale, accessible aux élèves et à un plus grand nombre de personnes. C’est un magnifique projet. 

Huawei, premier employeur Chinois de France

Si l’on met de côté les entreprises françaises comme Club Med, passé sous pavillon Fosun en 2015, Huawei est le premier employeur chinois de l’Hexagone. Il fait travailler plus de 1 000 personnes, dont 220 ingénieurs chercheurs répartis sur cinq sites de recherche et développement.

« A Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), nous avons un centre de mathématiques fondamentales qui travaille sur l’algorithme de la 5G. A Sophia Antipolis (Alpes-Maritimes), une activité de design améliore la qualité de l’image des écrans, énumère Minggang Zhang. Le design et l’esthétique pour nos smartphones destinés au monde entier sont dessinés à Paris. Une autre équipe, à Boulogne-Billancourt, travaille sur les normes et la sécurité. Nous avons inauguré un cinquième site à Grenoble en novembre 2018 pour développer de nouvelles générations de capteurs. »

Ces équipes, « à 80 % françaises », pourraient encore s’étoffer. « Nous devrions recruter 150 personnes supplémentaires en 2019 dans le domaine commercial, dans la technique et la recherche », projette le directeur général adjoint.

 

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source : http://www.leparisien.fr/economie/huawei-on-a-vendu-4-millions-de-telephones-en-france-en-2018-18-02-2019-8014647.php