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Comment la Chine mise sur ses licornes

Ce sont 97 entreprises chinoises qui ont fait leur entrée parmi les licornes mondiales en 2018, selon le Hurun Report, ce qui porte à 186 le nombre total de start-up chinoises valorisées à plus d'un milliard de dollars. Le pays bichonne ses jeunes pousses afin de concurrencer l'écosystème des start-up américaines. 

Alors que les autorités chinoises doivent se rendre à Washington à partir de jeudi afin de poursuivre les discussions commerciales avec l'administration Trump, et que les États-Unis redoutent notamment de se faire doubler par leur rival du point de vue technologique, une étude publiée aujourd'hui risque de renforcer les craintes du Président américain. Car selon le Hurun Report 97 entreprises de l'Empire du Milieu ont rejoint le club des "licornes" l'an dernier, ces sociétés dont la valorisation dépasse le milliard de dollars. Ce qui porte le nombre total de jeunes pousses chinoises de plus d'un milliard de dollars à 186 pour une valeur de 736 milliards de yuans (110 milliards de dollars). Plus de la moitié des "unicorns" sont donc désormais chinoises : en mai dernier, selon un classement réalisé par CBInsights, près de 30 % des licornes étaient basées dans le pays, et les 2/3 étaient nées après 2015. Preuve de la montée en puissance extrêmement rapide de ces entreprises chinoises à succès.

Première en tête du classement réalisé par l'organisme Hurun, Ant Financial, la filière financière d'Alibaba notamment chargée de la gestion du service Alipay, et créée en octobre 2014, valorisée à hauteur de 148 milliards de dollars. Arrivent ensuite Didi Chuxing, opérateur de la plus grande plateforme de transports VTC du pays pour 300 milliards de yuans (44,47 milliards de dollars) et l'entreprise d'électronique et informatique Xiaomi (300 milliards de yuans également). Selon le Hurun Report, l'agrégateur d'actualités chinois appartenant à ByteDance, Jinri Toutiao, est la quatrième plus grande licorne du pays pour une valeur de 200 milliards de yuans (29,6 milliards de dollars). La startup de voitures électriques Leap Motor, fondée en janvier 2017, est quant à elle la plus jeune des entreprises à avoir rejoint le club des licornes chinoises l'an dernier pour une valeur de plus de 7 milliards de yuans (1,03 milliard).

Selon l'indice Hurun, la valorisation individuelle de 18 licornes chinoises a plus que doublé l'an dernier. Jinri Toutiao, la plateforme de vidéos Kuaishou et Meicai, qui vend des produits agricoles en ligne, ont connu la croissance la plus rapide, soit environ quatre fois plus que leurs pairs. Toujours selon l'organisme de recherche, les services online représentent le secteur où les licornes sont le plus nombreuses en Chine (45 en tout et 20 devenues licornes rien que l'an dernier) suivi de l'e-commerce (20 licornes en tout), des fintech (19) et de la santé (17).

L'écosystème de jeunes pousses du pays n'est cependant pas sorti indemne du net ralentissement économique chinois l'an dernier, le pays ayant affiché son plus faible taux de croissance depuis 1990, à 6,6 %. "De nombreuses licornes chinoises ont quitté notre classement cette année, en raison d'un ralentissement économique", a déclaré Ruper Hoogewerf, président et chercheur en chef chez Hurun. Il reste que la plupart des milliardaires chinois sont les dirigeants de ces entreprises à succès, poursuit le chercheur.

Alors que 24 licornes chinoises se sont introduites en bourse l'an dernier, les autorités du pays devraient se démener pour booster le nombre d'IPO locales en 2019, afin de faire de ces sociétés le fer de lance de leur guerre technologique contre les États-Unis. Car plusieurs géants de l'Internet chinois, tels qu'Alibaba, Baidu ou JD.Com ont préféré s'introduire à New York où les règles boursières sont moins contraignantes que dans leur pays. Ainsi, pour se coter à Shanghai ou Shenzhen, une entreprise doit afficher trois années de suite de bénéfices, un défi pour de jeunes start-up très dépensières en cash les premières années. Le régulateur boursier chinois devrait donc dès cette année assouplir ses règles de cotation, notamment pour les entreprises technologiques de plus de 3 milliards de dollars ; une façon d'éviter qu'elles n'aillent se coter chez le concurrent américain.

La Bourse de Shanghai pourrait également faciliter la cotation d'entreprises possédant un système d'actions préférentielles, tandis que celles cotées à l'étranger pourraient être autorisées à émettre des CDR, soit des certificats de dépôts pour leur permettre une cotation secondaire en Chine. Autant de mesures destinées à faciliter l'entrée en bourse des licornes chinoises dans leur propre pays ; un atout de taille dans la bataille technologique de la Chine contre le États-Unis.

 

 

 

 

source : https://www.wansquare.com/012-26035-Guerre-commerciale-comment-la-Chine-mise-sur-ses-licornes.html