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Free part à l’assaut du marché des entreprises

Le secteur des télécoms s’agite en ce début d’année. Alors que la question d’une hypothétique consolidation continue d’alimenter les spéculations, c’est sur le marché des entreprises que les opérateurs semblent concentrer une partie de leurs efforts ces dernières semaines. 

Vendredi 18 janvier, le groupe Iliad, maison mère de Free (dont le fondateur, Xavier Niel, est actionnaire à titre personnel du Monde), a ainsi annoncé le rachat de 75 % du capital de l’opérateur azuréen Jaguar Network, spécialiste des services télécoms aux entreprises et de l’hébergement de données dans le cloud (informatique dématérialisée).

Jusqu’à présent peu offensif sur le segment des entreprises, Iliad affiche avec cette acquisition, dont le montant avoisine les 100 millions d’euros, son ambition sur ce créneau particulier des télécoms, certes moins connu que celui du grand public mais néanmoins très lucratif : le secteur pèse au total plus de 10 milliards d’euros par an. « Cette opération constitue une étape importante pour Iliad dans sa stratégie de développement », précise le groupe, qui voit dans la conjoncture actuelle une opportunité. « Le marché est en pleine mutation. Les entreprises et notamment les PME et ETI [entreprises de taille intermédiaire] font face à un triple défi : basculement vers la fibre optique, virtualisation des infrastructures et cybersécurité », explique Thomas Reynaud, directeur général d’Iliad.

Fondé en 2001 par Kévin Polizzi, même pas âgé de 20 ans à l’époque, Jaguar Network, qui réalise 42 millions d’euros de chiffres d’affaires, dispose de 7 000 kilomètres de fibre et compte dans son portefeuille clients près de 1 200 références dont de grands noms tels qu’EDF, Generali, Unibail Rodamco, Voyage Privé ou encore UGC. Des atouts sur lesquels mise Iliad pour gagner rapidement des parts de marché face à ses concurrents.

Bataille mouvementée

La bataille s’annonce toutefois mouvementée. Longtemps resté aux mains d’Orange, le marché des entreprises s’est peu à peu ouvert à la concurrence ces dernières années, notamment sous la pression répétée du régulateur des télécoms, l’Arcep. De quoi susciter les convoitises : outre l’ex-monopole d’Etat, une multitude d’acteurs gravite désormais sur ce segment parmi lesquels de nombreux opérateurs alternatifs mais aussi les poids lourds des télécoms, SFR et Bouygues Telecom. Avec 70 % de parts de marché, l’opérateur historique, par l’intermédiaire de sa filiale Orange Business Services, continue cependant de faire largement la course en tête, suivi par SFR (20 %), puis Bouygues Telecom.

L’opérateur de Martin Bouygues ne cache d’ailleurs pas son intention de s’imposer comme un acteur incontournable dans le paysage ces prochaines années. « Nous enregistrons actuellement une croissance annuelle organique de 10 % sur ce secteur et nous ambitionnons de doubler de taille en cinq ans, notamment en étoffant nos canaux de vente internes mais aussi par le biais d’acquisitions et de partenariats », explique François Treuil, directeur général de Bouygues Telecom Entreprise, qui fournit aujourd’hui ses services dans le mobile à un tiers des entreprises de taille intermédiaire et des grands groupes. Pour accélérer sur le segment des PME, il vient de racheter l’opérateur Keyyo.

Ce regain d’intérêt pour le marché professionnel n’est pas anodin. Les opérateurs télécoms, éprouvés par la guerre des prix qui fait rage sur le marché grand public et rogne leurs marges, voient dans les services aux entreprises un relais de croissance bienvenu pour doper leurs revenus et rassurer leurs actionnaires.

 

 

source : https://www.lemonde.fr/economie/article/2019/01/21/free-part-a-l-assaut-du-marche-des-entreprises_5412264_3234.html